Les chiffres en forte augmentation
Plus de 42 000 premières demandes de consultation ont été enregistrées par l’Agence de la biomédecine depuis 2021. Les Françaises deviennent mères plus tard et cherchent à anticiper la baisse naturelle de fertilité. En Ile-de-France, les 16 centres habilités ne proposent plus ni rendez-vous ni possibilité d’inscription sur une liste d’attente. La région représente 54 % des demandes nationales, créant un encombrement massif.
Les constats transmis par les professionnels
Selon l’enquête réalisée en février par Dounia Boutaleb, cofondatrice de WoMa Health, « sur les 42 centres français que nous avons contactés, il faut attendre en moyenne 17 mois pour obtenir un simple rendez-vous d’information. Un chiffre qui grimpe à 24 mois dans 50 % des centres ». Elle précise également que « après le rendez-vous, il y a de nouveau un délai de 12 à 18 mois pour pouvoir réaliser la ponction ».
Le temps d’attente total atteint ainsi environ 36 mois.
Tableau récapitulatif des délais
| Étape | Durée moyenne | Source |
|---|---|---|
| Rendez-vous d’information | 17 mois | Enquête WoMa Health |
| Rendez-vous dans 50 % des centres | 24 mois | Enquête WoMa Health |
| Délai avant la ponction | 12 à 18 mois | Enquête WoMa Health |
| Total estimé | env. 36 mois | Données cumulées |
Stratégies de femmes comme Nelly ou Solène pour obtenir la procédure
Utilisation d’une adresse secondaire
Nelly, 32 ans, réside à Paris et n’a obtenu aucune réponse positive en Ile-de-France. Elle se tourne vers Reims, sa ville d’origine. L’hôpital local refusait pourtant les profils extérieurs, car il avait été « envahi par les candidatures de Parisiennes après le Covid ». L’enquête de WoMa Health confirme que « 85 % des centres refusent de prendre des femmes qui ne résident pas dans la région ».
Pour poursuivre la procédure, elle modifie son adresse sur le site d’Ameli. Elle décrit l’opération comme simple, expliquant que « c’est très simple de changer l’adresse de la carte Vitale ». Elle doit ensuite répondre à plusieurs questions administratives pour valider sa situation.
Décisions de partir à l’étranger
Solène, 33 ans, renonce aux démarches franciliennes et choisit l’Espagne après avoir rencontré une femme ayant effectué sa congélation dans ce pays. Leila, 31 ans, suit la même voie en 2024 après divers refus et après que sa gynécologue lui a conseillé de se « mettre en couple » pour faire « un enfant naturellement ».
Comparaison des dépenses
En France, l’Assurance maladie prend intégralement en charge l’autoconservation des gamètes. À l’étranger, ce remboursement n’est que partiel. En Espagne, une Française doit généralement payer environ 1 000 euros au minimum. Dans la clinique citée par WoMa Health, le coût exact est de 2 800 euros, auxquels s’ajoutent 200 euros par an pour le renouvellement de conservation. Sur cette somme, 1 970 euros sont remboursés par la Sécurité sociale française.
Ces montants créent une inégalité réelle entre les femmes pouvant financer ces démarches et celles qui ne le peuvent pas.
Témoignages sur l’accès financier
Leila explique qu’elle possède des revenus lui permettant de régler plusieurs ponctions. Solène, de son côté, doit en réaliser une seconde, la première n’ayant pas donné d’ovocytes de qualité suffisante. Elle souligne que « il faut prendre en compte le fait que ça peut ne pas fonctionner ».
Un constat marqué par la saturation et les solutions alternatives
Depuis 2021, l’accès à la congélation d’ovocytes s’est élargi sur le plan légal, mais reste limité sur le plan pratique en raison du manque de capacités dans les centres français. Les délais moyens avoisinant trois ans poussent certaines femmes à adapter leur adresse ou à choisir des cliniques étrangères. La loi autorise en théorie toutes les femmes de 29 à 37 ans à conserver leurs ovocytes, mais la réalité révèle des obstacles administratifs, logistiques et financiers persistants.
Source: 20 Minutes